Xie Lei: Chant d'Amour

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Open: Tue-Sat 11am-7pm

44 rue Quincampoix, 75004, Paris, France
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Xie Lei: Chant d'Amour

to Sat 8 Oct 2022

Artist: Xie Lei

44 rue Quincampoix, 75004 Xie Lei: Chant d'Amour

Tue-Sat 11am-7pm

Jean Genet’s Un Chant d’Amour (1950), the sole film directed by the writer, stands as an unconventional landmark of cinematic culture. In the film, Genet portrays the amorous and sexual frustrations of men in prison, in an often suggestive and sometimes poetic manner. As with the author’s written work, the notion of desire is the driving force behind the film, which in fine interweaves fantasies, potential relationships and real sexual acts.

Xie Lei has appropriated both this iconic title and the concept of desire. Un Chant d’Amour does not however serve as an influence or a subject of simple reverence, but rather as a clear starting point for a series of paintings. Genet’s convicts exist in a huis-clos, where the photography, accomplished notably by Jean Cocteau, is resolutely minimalist. Xie Lei’s recent paintings are structured in a disconcerting parallel to the film, through his obsession with detail and the absence of distanced perspective. The spectator’s gaze is captured in an extremely close and immediate, head-on confrontation with the subject. The intimacy conjured by this ratio of scale, is further accentuated by the motifs chosen. The pictorial corpus of Chant d’Amour brings together a series of bodies, sometimes fragmented, whose gender is not immediately obvious. The voyeurism that the paintings arouse is not at all unhealthy in nature; the erotic content, sometimes immediate, is in essence largely naïve, its poetic quality paradoxically becoming more somber. Like the world of incarceration that Genet describes, Xie Lei’s paintings harbor a latent violence. In Awake, a man exhales his final breath, or perhaps experiences a splitting into two, or even an orgasm. The artist deliberately maintains this plurality of interpretation. In French, the expression “la petite mort” (little death) refers to the orgasm, as opposed to the “grande mort” (great death), which is quite final. This metaphor, perfectly appropriate in terms of Xie Lei’s painting, brings together the ambiguity and dichotomy of this moment situated between brutality, serenity and pleasure. This image however, should be read beyond the Western perspective and its standard model—birth, life, death—and be viewed with regard to Chinese tradition. Death is not a finality but simply a stage, as the spirit quits the carnal envelope and heads towards another form of existence. From this point of view, the intrinsic violence in this body of work becomes far less obvious. In Insinuation, a character plays with a two-headed snake. The implicit danger is strangely placid, becoming fantasy as boundaries tumble, establishing yet another link between Genet’s radical film and Xie Lei’s oeuvre.

If the senses become clouded after a moment of ecstasy, Xie Lei’s paintings undergo a similar process. Employing a limited number of colors, the artist plunges the viewer into a world which is often vaporous and murky. On the barren surface of the canvas, luminous contrasts break through, recalling Caravaggio’s universe where each shadow is mastered and worked with finesse. The title of the exhibition Chant d’Amour, leads to the question of how the dimension of sound, another intangible component, is present in these works. Like Genet’s film, this love song is silent but at the same time it leads the spectator to imagine the sonic ambience of each painting. The artist drops a few hints: his studio resounds with the sound of flamenco and other ardent musical genres. In Xie Lei’s work, the subjects, the sounds and his technique are all timeless and carry us off into a world of visions, fantasies and emancipation.

Loïc Le Gall

Loïc Le Galll is an independent curator and art critic. Since September 2019, he has been the director of the Passerelle Center for Contemporary Art in Brest, France.


Seul film réalisé par l’écrivain Jean Genet, Un chant d’amour (1950) est un monument atypique de la culture cinématographique. Genet y met en scène les frustrations amoureuses et sexuelles d’hommes en prison, de manière souvent suggestive, parfois poétique. Comme dans les écrits de l’auteur, la conception du désir guide le film qui, in fine, mêle fantasmes, relations potentielles et rapports réels.

Xie Lei s’est approprié autant ce titre mythique que la notion de désir. Un chant d’amour ne se dresse pourtant pas comme une influence ni même une simple révérence, plutôt comme un point de départ, évident, pour une série de peintures. Les malfrats embastillés de Genet vivent un huis-clos où la photographie, portée notamment par Jean Cocteau, s’avère résolument minimaliste. Les peintures récentes de Xie Lei se construisent dans un troublant parallèle au film, entre attachement au détail et disparition de toute perspective lointaine. Le regard se retrouve accroché dans un rapport frontal extrêmement proche et immédiat du sujet. L’intimité, créée par ce rapport d’échelle, est d’autant plus accentuée par les motifs. En effet, le corpus pictural de « Chant d’Amour » rassemble des corps, quelque fois morcelés, dont le genre est mal défini. Le voyeurisme que les œuvres suscitent ne revêt pourtant aucun caractère malsain ; l’érotisme, parfois immédiat, porte une large part de naïveté, tout autant qu’une poésie qui devient, paradoxalement, sombre. Les peinture de Xie Lei, comme le monde carcéral que décrit Genet, contiennent une violence latente. Dans Awake, un homme exhale un dernier souffle, ou bien vit une expérience de dédoublement, ou encore jouit. L’artiste entretient volontairement ces interprétations plurielles. Dans la langue française, l’expression « la petite mort » désigne l’orgasme, en opposition à la « grande » mort, elle tout à fait définitive. Cette métaphore, parfaitement appropriée à la peinture de Xie Lei, combine l’ambiguïté et la dichotomie de l’action située entre brutalité, paix et plaisir. Cependant, cette image doit se lire au-delà du contexte occidental et de son schéma classique – naissance, vie, mort – et être projetée dans la tradition chinoise. La mort n’y est pas une finalité mais une étape, l’esprit quitte simplement l’enveloppe charnelle vers un autre degré d’existence. Ainsi, la violence intrinsèque à ce corpus ne se montre pas si évidente. Dans Insinuation, un personnage joue avec un serpent à deux têtes. Le danger, étrangement calme, devient fantaisie et les limites sont abolies, mettant encore une fois en lien le film radical de Genet et l’œuvre de Xie Lei.

Si les sens se troublent après l’extase, les peintures de Xie Lei subissent un processus assez similaire. Utilisant peu de couleurs, l’artiste plonge le spectateur dans un univers souvent vaporeux et trouble. Sur la surface atone de la toile, les contrastes de lumière tranchent, rappelant un univers caravagesque où chaque ombre est maîtrisée et étudiée. Le titre de l’exposition « Chant d’Amour » amène à interroger la dimension sonore des œuvres, une autre composante intangible. Le chant est ici muet, à l’instar du film de Genet, mais conduit à imaginer l’ambiance sonore de chaque peinture. L’artiste livre des indices : dans son atelier retentissent flamenco et autres musiques passionnées. Chez Xie Lei, les sujets, les sons, sa technique – tous hors du temps – nous emportent dans un monde de projections, d’émancipation et de fantasmes.

Loïc Le Gall

Commissaire indépendant et critique d’art, Loïc Le Gall est directeur de Passerelle – Centre d’art contemporain de Brest, depuis septembre 2019.

Courtesy Semiose, Paris


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