Julien Tiberi: Landmarks Melodia

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Julien Tiberi: Landmarks Melodia

Paris

Julien Tiberi: Landmarks Melodia
to Sat 18 Jun 2022
Tue-Sat 11am-7pm

Semiose Julien Tiberi 2022 1

Semiose Julien Tiberi 2022 2

Semiose Julien Tiberi 2022 3

Drawing with a brush-pen, losing himself in a succession of rapid, regular and rhythmic strokes, Julien Tiberi contemplates the black mass, gazing through it in order to “hallucinate the image”. He advances blindly in this process of “slow spinning” always in reaction to the dot he has just placed, “respecting and following the indications it gives” in order to establish the following mark. This constellation of dots serves to give rise to something as yet unknown: “the drawing designates the space occupied by the other while respecting its structure” the artist explains. He allows forms to appear to him—a process that can take some time and is occasionally unsuccessful—even though one cannot entirely rule out the idea of a certain subjectivity in this interpretive act, which is reminiscent of klecksography and other forms of pareidolia. Then comes the transition into color, which once again is all about countering what came before.

Furthermore, the image is a focal point for various antagonistic elements, as is the case with the painting Phà! Phà! (2019-2020), a source-work of this exhibition. While the artist was working on a number of paintings at the same time, moving from one to the next without dwelling on them individually, he suddenly heard the sound of a frog croaking in a pond near his studio. “Going for the most viscous”, he grabbed a tube of oil paint in order to depict the sound of the frog in the form of waves in the center of his composition: the croaking had thus contaminated the canvas. This is one example of the strategy of distraction adopted by Julien Tiberi, of his sense of derivation through form, his taste for the unexpected and his desire to go against the flow and towards unfamiliar things, bringing them together and attesting to their existence.

Julien Tiberi’s volubility is an expression of this constant deviation of thought, where one idea affects another, or is grasped with extreme rapidity and where the only pathway through the fundamental diversity, both visible and invisible, of the world, is a meandering one. Whether in terms of drawing, painting or installation, the artist considers that “making images, is to see things being born”. He is particularly attached to the animatory power of drawing, which he defines as metamorphosis, transfiguration and transgression—he cites the film director Sergei Eisenstein and his concept of “plasmaticity”.

Unlike his “blurred” works, which were systematic in nature, in this case the artist painted without any idea of the result he would achieve and without mastering the techniques he used. The canvas is first splashed with liquid acrylic colors, then worked on mainly using a sponge. Once the artist “finds the right note”—i.e. when the moistened canvas becomes taught as it begins to dry out, and when tapped, produces a sound like a percussion instrument—he begins to stipple the surface, in an improvised yet controlled manner, with drawing gum—that he will eventually remove as usual – then reworks the whole canvas with oil paint or pastels, creating motifs from the outside, creating their outlines from the clues he has sown. He sees the canvas like “a theatre stage where one is constantly rehearsing”: he experiments, makes mistakes, gets stuck, explores, gets lost, amuses himself and all his meanderings (physical, mental, sensory and material) become the protagonists of his creation.

Laurence Schmidlin

Laurence Schmidlin holds a doctorate in humanities from the University of Geneva and is an art historian specializing in drawing and printmaking. She has worked in collaboration with numerous museums and art centers in Switzerland and abroad and in 2012 co-founded the exhibition space and research center Rosa Brux in Brussels. Since 2017, she has been the curator of contemporary art at the Musée Cantonal des Beaux-arts de Lausanne, after having occupied the position of deputy director at the Musée Jenisch Vevey and curator at the Cabinet Cantonal des Estampes (2013-2017). A book based on her doctoral thesis, La Spatialisation du dessin dans l’art américain des années 1960 et 1970, was published by Presses du Réel in 2019. In July 2022, she will become the director of the Musée d’Art du Valais in Sion, Switzerland.


Lorsqu’il dessine avec un pinceau-feutre et se laisse aller au dessin par gestes réguliers, rythmés et rapides, Julien Tiberi observe la masse noire et regarde à travers elle pour « halluciner l’image ». Il avance à l’aveugle dans cette « filature lente », réagissant toujours au point qu’il vient juste de déposer ; il « respecte chaque trace et suit les indications qu’elle donne » pour inscrire la marque suivante. Ce réseau en pointillé sert à faire naître quelque chose d’encore inconnu : « le dessin désigne l’espace de l’autre tout en respectant sa structure », explique également l’artiste. Il laisse les formes se manifester à lui – processus plus ou moins long, et parfois en échec –, même si on ne peut écarter l’idée qu’il exerce sa subjectivité au cours de cet acte interprétatif qui rappelle la klecksographie et d’autres expressions de paréidolie. Puis vient le passage à la couleur, où là aussi tout est question de riposte à ce qui precède.

Par ailleurs, l’image est un pôle d’attraction des antagonismes, à l’exemple de la peinture Phà! Phà! (2019-2021), œuvre-source de l’exposition. Alors que l’artiste était en train de réaliser plusieurs tableaux en même temps, passant de l’un à l’autre sans trop s’y attarder, il perçut soudainement le chant d’une grenouille provenant de l’étang près de son atelier. « Allant au plus gras », il se saisit d’un tube de peinture à l’huile pour représenter, au centre de sa composition, le coassement du batracien sous la forme d’ondes : le son émis avait contaminé la toile. C’est là un exemple de la stratégie de distraction adoptée par Julien Tiberi, de son sens de la dérivation par la forme, de son goût pour l’imprévu, mais aussi de sa volonté d’aller contre et d’aller vers des choses étrangères, de les faire cohabiter, d’attester qu’elles existent.

La volubilité de Julien Tiberi exprime cette déviation constante de la pensée, où une idée en affecte une autre ou la capte avec une rapidité folle, où le méandre est la seule voie pour parcourir la diversité fondamentale, visible et invisible, du monde. Que ce soit dans le dessin, la peinture ou l’installation, l’artiste considère que « fabriquer des images, c’est voir naître des choses ». Il affectionne ainsi le pouvoir animateur du dessin qu’il définit par la métamorphose, la transfiguration et la transgression – il cite le cinéaste Sergueï Eisenstein et son concept de « plasmaticité ».

Contrairement aux œuvres « floues » qui étaient de nature programmatique, l’artiste a cette fois-ci peint sans savoir à quel résultat il aboutirait et sans maîtriser la technique. La toile, d’abord aspergée de liquides colorés à l’acrylique, est travaillée notamment à l’éponge, puis lorsque l’artiste « trouve la note » – c’est-à -dire que la toile humidifiée par les différents jus se tend et, en séchant, produit un son comme si elle était un instrument de percussion –, il s’arrête, dépose de la gomme à dessiner de manière improvisée mais maîtrisée – il finira par l’ôter comme d’ordinaire –, et enfin reprend l’ensemble à la peinture à l’huile ou au pastel sec, créant les motifs par l’extérieur, en les cernant à partir des indices qu’il a semés. Il envisage le tableau comme « un plateau de théâtre où l’on répète en permanence » : il s’y exerce, se trompe, s’enlise, explore, s’y perd, se divertit, et fait de toutes ses errances (physiques, mentales, sensorielles, matérielles) les protagonistes de sa création.

Laurence Schmidlin

Docteure ès lettres de l’Université de Genève, Laurence Schmidlin est historienne de l’art, spécialisée dans les domaines du dessin et de l’estampe. Elle a collaboré avec de nombreux musées et centres d’art en Suisse et à l’étranger, et a cofondé l’espace d’exposition et lieu de recherche Rosa Brux, à Bruxelles, en 2012. Depuis 2017, elle est conservatrice en art contemporain au Musée cantonal des Beaux-arts de Lausanne, après avoir notamment été directrice adjointe du Musée Jenisch Vevey et conservatrice du Cabinet cantonal des estampes (2013- 2017). Le livre tiré de sa thèse de doctorat, La Spatialisation du dessin dans l’art américain des années 1960 et 1970, est paru aux Presses du réel en 2019. Elle communique régulièrement ses recherches à l’occasion de conférence et dans des publications. À partir de juillet 2022, elle prendra la direction du Musée d’art du Valais à Sion, Suisse.

Photo A. Mole. Courtesy Semiose, Paris.


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